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La Neuvième dans tous ses états

Insula orchestra, ensemble sur instruments d’époque adoptant une démarche historique rigoureuse au service des œuvres, a mené une expérience de grande envergure sur les dispositions d’orchestre.

Insula orchestra, une démarche historique

 
Insula orchestra a été fondé par la chef d’orchestre Laurence Equilbey en 2012, avec le soutien du Département des Hauts-de-Seine. Bach, Mozart, Beethoven, Farrenc ou Weber sont au centre de son répertoire. En résidence à La Seine Musicale, l’ensemble se produit régulièrement dans l’Auditorium Patrick Devedjian et est charge d’une partie de la programmation.
 
Afin d’être au plus proche des intentions d’écriture, l’orchestre joue sur instruments d’époque et mène des recherches musicales, historiques et politiques pointues autour des œuvres. Il veut montrer que la signification profonde d’une œuvre est intemporelle et parle à notre époque.
 
Ainsi, Insula orchestra compte parmi les membres de son équipe le musicologue Yann Breton, bibliothécaire d’orchestre et chargé de recherche pour l’orchestre. Yann Breton s’appuie sur son expérience au sein d’Insula orchestra pour mener à bien sa thèse, qui porte sur les dispositions et les effectifs d’orchestre entre 1800 et 1850.
 
La directrice artistique et musicale d’Insula orchestra, Laurence Equilbey, a proposé à Yann Breton de mettre sur pied une expérience de grande envergure sur les dispositions d’orchestre lors de la captation de la Symphonie n° 9 de Ludwig van Beethoven.
 

Comment se rapprocher du son de l’époque ?
 
Différentes dispositions d’orchestre peuvent-elles faire ressortir les caractères musicaux propres à chacun des quatre mouvements de la symphonie ?
 
Comment le fait de jouer en double effectif, comme à l’époque de la création de la Neuvième Symphonie, affectera l’interprétation de l’orchestre ?

Point sur les dispositions d’orchestre

 
Aujourd’hui, il existe un standard dans la disposition d’orchestre : les cordes sont placées devant, viennent ensuite les bois, puis les cuivres et les percussions. Or, lorsque nous observons les pratiques d’il y a 200 ans, nous constatons que chaque orchestre faisait de manière différente. Cette hétérogénéité s’explique par le grand nombre d’orchestres qui existaient en Allemagne, les instruments qui pouvaient changer d’une ville à une autre, les différents diapasons et les caractéristiques de chaque salle. À l’époque, les salles de concerts telles que nous les connaissons n’existaient pas et les caractéristiques acoustiques variaient considérablement selon le lieu de représentation.

Point sur le double effectif

 
Au début du XIXe siècle, Beethoven disposait en général d’effectifs assez restreints pour l’interprétation de ses symphonies. Ce qui n’empêchait pas d’avoir recours, quelquefois, à des effectifs renforcés : en 1824, l’orchestre qui a créé la Symphonie n° 9 comptait 80 musiciens, avec bois doublés. Cette configuration est assez courante dans les orchestres de cette époque, et les niveaux sonores perçus en concert étaient plus élevés qu’aujourd’hui sur ce répertoire.
 
En parallèle, les festivals connaissaient un essor formidable dans le monde germanique. Ils se donnaient pour but de réunir le maximum de musiciens parmi lesquels des professionnels, mais aussi un grand nombre de musiciens amateurs désireux de se joindre à cette célébration. Cette configuration avait deux conséquences : d’une part, les effectifs impliqués étaient très importants et dépassaient régulièrement 130 instrumentistes (avec des pupitres de vents doublés, voire davantage) ; d’autre part, le niveau des musiciens était inégal. La qualité musicale ne pouvait être garantie qu’en divisant l’orchestre en deux sections : le « solo » et le « ripieno » (terme courant à l’époque baroque, et toujours en usage dans la première moitié du XIXe siècle). Les sections musicales les plus délicates du point de vue de la technique instrumentale ou du timbre étaient confiées aux « solistes », cordes et vents ; les « ripienistes » (entre la moitié et les deux tiers de l’orchestre) les rejoignent dans les grands tutti pour renforcer le timbre et la puissance de l’orchestre. Dans ce contexte, les symphonies de Beethoven ont été régulièrement interprétées avec des effectifs de l’ordre de 90 à 150 musiciens.

Découvrez l’expérience d’Insula orchestra

 
Pour cette expérience, les effectifs des bois et des trompettes d’Insula orchestra ont été doublés. Il y a près de 80 musiciens sur scène, certains – les « solistes » – jouent en permanence, et sont rejoints par les « ripienistes » (ou « tuttistes ») dans les grands tutti pour renforcer la pâte orchestrale, à l’image de ce qui se faisait lors des festivals au XIXe siècle.
 
Cette pratique du solo/tutti permet ici de varier les textures orchestrales et de renforcer les contrastes (intensité, timbre). Sa mise en œuvre a demandé de nombreuses recherches et réflexions autour de trois aspects essentiels :
 
1/ la division numérique de l’orchestre (combien de solistes, combien de tuttistes) ;
2/ la répartition des sections solo et tutti, que Beethoven n’indiquait pas dans sa partition ;
3/ la disposition de l’orchestre sur le plateau en tenant compte de la division solo/tutti.
 
Pour ce dernier point, Insula orchestra a choisi d’interpréter les quatre mouvements de la Symphonie n° 9 de Beethoven dans quatre dispositions différentes, en choisissant ces dispositions en fonctions des caractéristiques musicales de chaque mouvement.
 

Premier mouvement – disposition dite « Erfurt »

Pour le premier mouvement, Yann Breton s’inspire de plusieurs sources (dont un traité datant de 1806, Der angehende Musikdirektor, I.F.K. Arnold, publié à Erfurt) indiquant un placement des violoncelles et contrebasses de part et d’autre de l’orchestre. Cette répartition permet une plus grande proximité des basses avec l’ensemble des musiciens de l’orchestre – ce qui favorise l’intonation et la précision rythmique – et semble appropriée à la pâte orchestrale généreuse et massive du premier mouvement.

Second mouvement – disposition dite « Dresde »

Le second mouvement fait l’objet d’un traitement plus énergique. Héritières des dispositions d’orchestre de théâtre (où le répertoire symphonique avait sa place à l’époque de Beethoven), certaines dispositions confrontent en vis-à-vis le monde des bois et celui des cordes. Un plan des années 1840, à Dresde, établi précisément pour le concert symphonique, montre clairement cette opposition ; Insula orchestra a choisi de le reprendre, en adaptant le carré de bois aux habitudes modernes, à la face cour. On peut sentir avec cette disposition un véritable effet de latéralisation, avec des alternances entre la gauche et la droite. Les musiciens indiquent à la suite de l’expérience que cette disposition encourageait effectivement ce jeu de confrontation, ce qui est particulièrement intéressant dans l’interprétation d’un scherzo.

Troisième mouvement – disposition dite « Leipzig »

Pour le troisième mouvement, l’ensemble travaille sur une disposition utilisée par l’orchestre du Gewandhaus de Leipzig, là aussi dans les années 1840. Dans cette configuration, on touche à un socle fondamental de la disposition d’orchestre : les violons I sont placés non pas à gauche, mais à droite de la chef ! À l’époque, une telle disposition a pu permettre au Konzermeister de s’orienter plus facilement vers l’ensemble de l’orchestre, complétant la direction du chef. L’ensemble des cordes (contrebasses comprises) est rassemblé au sein des premiers rangs ; les vents sont disposés derrière, en ligne, et seront suffisamment surélevés pour leur permettre de bien voir la chef. Cette disposition permet de mettre en valeur les qualités propres au mouvement lent : texture douce des cordes (avec notamment les violons I tournés non pas vers le public, mais vers l’orchestre), effets d’écho avec les bois, renforts à l’arrière pour les grands tutti, etc.

Quatrième mouvement – disposition dite « Vienne »

Au moment du finale, Insula orchestra revient à sa disposition habituelle inspirée du Philharmonique de Vienne. Le chœur prendra place dans les gradins du public, derrière la scène.

Bilan

Cette expérience sur le double effectif et les dispositions d’orchestre est concluante : elle a permis de faire émerger, des pratiques d’époque auxquelles Insula orchestra s’est confronté. Après plusieurs jours d’essais, ces dispositions ont permis de retrouver des sonorités oubliées, que nous ne pourrions pas entendre avec des dispositifs modernes.
C’est tout l’enjeu de la pratique historiquement informée, qui démarre dès le choix d’un orchestre sur instruments anciens.
 
Insula orchestra, l’orchestre bien dans son époque
 
 

Pour aller plus loin

Découvrez sur ce lien la captation par Camera lucida productions de la Symphonie n° 9 dans son intégralité.
 
Vous pouvez également écouter sur Youtube les quatre mouvements de la Symphonie n° 9 dans une qualité audio plus travaillée :
Lien vers le 1er mouvement
Lien vers le second mouvement
Lien vers le troisième mouvement
Lien vers le quatrième mouvement
 
Nous vous proposons de revenir sur cette expérience inédite à travers ce Replay, vidéo dans laquelle Laurence Equilbey et Yann Breton reviennent sur leurs motivations.

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